Mis en ligne le 03/04/2012
La notion de télétravail va bientôt entrer dans le code français du travail. Adopté en octobre à l'Assemblée nationale, l'article 40 bis de la loi Warsmann devrait être soumis au Sénat avant la fin du mandat présidentiel actuel. Cette loi aura le mérite de pallier un vide juridique sur le sujet: encore peu développée en France, la pratique du télétravail a besoin d'un cadre légal dans un pays où la culture de la négociation est faible.
Certes, la gestion des ressources humaines est touchée par cette mesure, car il faudra apporter des avenants aux contrats de travail et peut-être aussi revoir les dispositifs actuels de gestion des temps (E-SHOP - Gestion des temps - Les fonctions). Pour nos lecteurs DSI, cette loi va surtout dans le sens d'une tendance de fond impactant directement le système d'information : l'évolution en profondeur des modes d'accès (où ? quand ? comment ?) aux applicatifs par leurs utilisateurs. Les grandes entreprises, les plus concernées, s'y préparent activement. Une toute récente enquête mondiale commanditée par Citrix et menée auprès de responsables informatiques de grandes entreprises (plus de 500 collaborateurs) dans 11 pays (*) révèle que d'ici fin 2013, 93% d'entre elles auront mis en place des stratégies de workshifting: entendez des environnements de travail flexibles et nomades.
Et contrairement aux idées reçues, les grandes entreprises françaises ne sont pas en reste. Elles se montrent même très réceptives au sujet. Toujours selon l'enquête Citrix, elles seraient 91% à vouloir d'ici fin 2013 permettre à leurs salariés de choisir le moment, le lieu et le matériel le plus approprié pour effectuer leur travail. Les directions informatiques interrogées confirment que leur entreprise a conscience des avantages des modes de travail nomades, tant pour les salariés que pour le management.
Pour les salariés, l'avantage essentiel est la possibilité de pouvoir travailler n'importe où (61% des réponses). Pour l'entreprise, les avantages sont des gains de productivité (54% des répondants) et l'amélioration de la qualité de service (41%). Les DSI y voient aussi un intérêt pour leur propre service : le workshifting permet d'accompagner des populations de plus en plus nomades (42% des salariés en entreprise en moyenne), diverses (salariés, mais aussi intérimaires, consultants, partenaires, contractuels...). Pour 39% des entreprises déployant une stratégie de workshifting, celle-ci est également un moyen d'accompagner le phénomène BYOD ("Bring your own device" = Apportez votre propre appareil).
Surtout, le principal levier du workshifting est son apport au plan économique. En effet, ces nouveaux modes de travail mobiles et à distance sont perçus comme un moyen de réduire les coûts de l'entreprise et en particulier les dépenses informatiques. Des économies sont possibles grâce à une meilleure rétention des talents (pour 58% des sondés), à la rationalisation des coûts d'administration du parc informatique (48%), à la consolidation et la centralisation des serveurs (46%), à la réduction des coûts immobiliers (42%) comme des déplacements et voyages (31%).
La mise en place d'un télétravail reconnu et plus massivement pratiqué, dans le cadre d'organisations de travail plus flexibles et mobiles, ne seraient pas facile à assurer et à gérer sans l'utilisation de technologies qui ont aujourd'hui le mérite d'exister et d'être fiables. Il s'agit d'abord bien sûr, comme l'indique Citrix qui en est l'un des premiers fournisseurs, des technologies de virtualisation des postes de travail (E-SHOP - voir notre étude sur le sujet), auxquelles 32% des entreprises interrogées dans le cadre de cette enquête ont déjà recours tandis que 41% envisagent d'y passer dans les 12 prochains mois. Mais il s'agit aussi, plus généralement, de toutes les formes d'outils de collaboration, de la vidéoconférence aux espaces de travail partagés, rendus possible par des outils d'ECM collaboratif (E-SHOP - Etat de l'art ECM). Les applicatifs en mode SaaS et le cloud (E-SHOP - ERP en mode hébergé locatif et SaaS) sont aussi d'une grande facilité d'usage pour les utilisateurs travaillant à distance, soit en déplacement, soit à domicile.
Si le télétravail (quand il est souhaité par les salariés) s'est longtemps heurté à la réticence des managers, qui y voient encore souvent le risque d'une rupture de liens avec leurs collaborateurs et une entrave au bon fonctionnement de l'entreprise, le workshifting, concept nouveau, anglo-saxon, technologique, mettant l'accent sur la stratégie de l'entreprise plus que sur l'intérêt individuel du salarié, a certainement plus de chances de les séduire. Les temps changent, heureusement.
(*) L'étude Citrix Workshifting Index a été conduite par l'institut Vanson Bourne en octobre 2011 auprès d'un échantillon de 1 100 professionnels de l'informatique opérant dans onze pays (Australie, Brésil, Canada, Chine, France, Allemagne, Inde, Japon, Pays-Bas, Royaume-Uni et Etats-Unis). Les trois quarts de ces personnes appartiennent à des entreprises de 1000 salaris ou plus, le dernier quart travaillant pour des entreprises de 500 à 999 employés.
Claire Leroy