19.06.2011

Le business de la vieillesse !

POLITIS.JPGjeudi 9 juin 2011, par Thierry Brun

D’ici à 2030, le nombre de personnes dépendantes, aujourd’hui estimé à un million, devrait progresser de 50 %. Pour affronter ce chantier, le gouvernement prépare une réforme de la dépendance. Celle-ci ouvrira grand la porte aux opérateurs privés, tandis que nombre d’industriels flairent déjà le pactole.

La perte d’autonomie des personnes âgées ou handicapées est-elle une affaire sociale ou privée ? Cette question est évitée par nos gouvernants, alors même qu’ils ont décidé de faire de la réforme de la dépendance une priorité. La prise en charge des personnes âgées dépendantes est pourtant une question de société qui va bien au-delà de son seul financement, principal argument invoqué par le gouvernement et le chef de l’État pour justifier une réforme où la protection sociale se retrouvera soumise au marché.

La réforme de la dépendance, comme celle des retraites, s’appuie sur des évaluations démographiques incertaines : dans les vingt prochaines années, le nombre de personnes concernées est annoncé en forte hausse du fait du « papy-boom ». Ce qui entraînerait une croissance des dépenses de protection sociale « insupportable » pour un système déjà en déficit.

L’argument est éculé mais le gouvernement en abuse pendant le simulacre de débat national qui se terminera fin juin. Il s’appuie de plus sur un marché de la dépendance déjà florissant. Il n’est donc pas surprenant que la position de Nicolas Sarkozy soit acquise aux groupes d’assurances et bancaires depuis les premiers jours de son mandat. La réforme ne passera pas par une extension du champ de la Sécurité sociale, mais par le biais d’acteurs privés. Des groupes comme Medica, Korian, Orpea, etc. se partagent un marché en proposant des services ainsi que des lieux d’hébergement divers et variés.

La France est en pointe dans la libéralisation des services aux personnes dépendantes et constitue l’un des deux principaux marchés mondiaux avec les États-Unis. La plupart des rapports sur le sujet se font l’écho des bienfaits de ce marché encouragé par la Commission européenne dans la nouvelle stratégie pour 2020. Les groupes attendent de ce secteur un taux de rentabilité qui dépasse facilement les 25 %. La perte d’autonomie s’affirme donc comme une affaire privée qui se détourne de la solidarité et laisse sur le bord de la route les plus précaires.

01.12.2010

5ème risque - Réforme de la dépendance - perte d'autonomie : les données de la consultation à venir

01/12/2010 - Source : Agevillage.com

Les grandes étapes

La création d'un cinquième risque au sein de la Sécurité Sociale, aux côtés de la maladie, des accidents du travail, de la famille et de la vieillesse va s’ouvrir cette semaine par une période de concertation qui devrait durer six mois.

CONSULTATION.
Le gouvernement a quelques idées de la manière dont il compte s’y prendre pour réformer le financement de la perte d’autonomie. Mais au plan politique, il doit sauvegarder les apparences du dialogue social. La réforme commencera donc par une "grande consultation" de six mois. Défileront dans le bureau de Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités, conseils généraux, associations de personnes âgées et handicapées, professionnels de la gérontologie, de l’hôpital et  les syndicats. Point important : le gouvernement n’a pas donné d’indications qu’il pourrait faire sauter la barrière de l’âge et abattre la barrière entre personnes âgées et handicapées. En revanche, François Fillon a indiqué que la « consultation concernerait l’ensemble du dispositif de protection sociale ».

QUELLES DEPENSES ?
François Fillon, premier ministre reconduit à Matignon le 14 novembre, a déclaré mercredi 24 novembre que le coût de la dépendance représentait une masse de 22 milliards d'euros par an dans un premier temps capables d’évoluer à 30 milliards au cours des dix prochaines années. De son côté, François Baroin, ministre du Budget a évalué dimanche 21 novembre, que le financement de la dépendance représentait une dépense de l'ordre de 30 milliards d'euros, tout en précisant que les hypothèses variaient en fonction de l'échéance et des projections démographiques retenues. Le nombre des plus de 75 ans devrait doubler dans les prochaines décennies.

Comment ces dépenses se répartissent-elles ?
- assurance maladie (60%)
- départements, via l'Allocation personnalisée à l'autonomie (20%).
- Etat et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).
- Ménages, plus ou moins 7 milliards d'euros par an.

NOUVEAUX FINANCEMENTS
- Assurance privée ? C’est l’un des points litigieux. Il est clair que le gouvernement entend régler le problème sur le long terme en obligeant les jeunes à cotiser à une forme ou une autre d’assurance privée sur la dépendance. Quelle sera la contribution des assureurs pour les personnes actuellement dépendantes ? Quelles contreparties obtiendront ils en échange ? Quels grilles et référentiels pour déclencher la rente ? Ce seront des points polémiques du dossier.

- Recours sur succession ? Une piste aussi polémique que l’assurance dépendance privée. L’ Etat ne distribuera plus aucune aide qui ne puisse être recouvrée tout ou partie sur la succession du bénéficiaire ;
- Augmenter la CSG des retraités ? Une des pistes suggérées par le rapport de la député UMP Rosso Debord.
- Création d’une nouvelle journée de solidarité ? Laurent Hénart, député UMP, a proposé la création d’une nouvelle journée de solidarité

DECISIONS
Le projet de loi sera établi a l’été 2011 et voté vraisemblablement en 2012

Assurance dépendance : un marché de 500 millions pour les assureurs

23.10.2010

Les CHIFFRES qui marquent :

  • 2,4 milliards d'euros. Ce sont les économies prévues par le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), dont l'examen débutera le 19 octobre à l'Assemblée nationale. Au prétexte de réduire les déficits, la prise en charge de l'assurance maladie obligatoire est de nouveau restreinte, ce qui revient à la transférer vers les complémentaires santé, dont les assurances privées à but lucratif.
  • 0,5% de la population. C'est la caste mondiale des milionnaires (en $), calcule le Crédit suisse, et elle possède 36,5% des richesses de la planète, soit un patrimone de 70 000 milliards de dollars ! Surprise : 9% vivent en France, troisième pays au monde en la matière. A l'autre bout du palmarès, les pauvres forment 68,4% de la population mondiale et ne possèdent que 4,2% de ses richesses.
  • 2,2%. C'est la hausse du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté en septembre. Ce chiffre montre "que les plus pauvres [...] se sont encore appauvris", a réagi ATD Quart Monde à l'occasion de la journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre. L'association conteste l'anonce par le gouvernement d'une diminution de la pauvreté.