15.03.2010

La réforme des lycées contre les sciences sociales

par Laurence De Cock, Philippe Olivera, Marjorie Galy, Sylvain David
[Ce texte est à paraître dans les Cahiers d'histoire d'avril 2010]

La réforme présentée par Luc Châtel est de bien mauvais augure pour l'enseignement de l'histoire-géographie au lycée et celui des sciences humaines et sociales (SHS) en général. Contrairement à la grande envolée médiatique qui a suivi l'effet d'annonce ministériel, le problème est loin de pouvoir se limiter à la suppression du caractère obligatoire de l'histoire-géographie en Terminale scientifique. Concentrer l'attention sur ce dernier point révèle un point de vue pour le moins réducteur et élitiste. Car l'enjeu de la réforme en cours est beaucoup plus lourd de sens pour l'avenir de nos disciplines. Nous proposons ici une lecture aussi large que possible des multiples enjeux que soulèvent les différents axes de l'opération rondement menée par le ministère Châtel contre les SHS au lycée.

La décision de rendre optionnelle l'histoire-géographie en TS est présentée comme une volonté de valoriser les autres filières, de mieux préparer les lycéens aux carrières scientifiques et, plus globalement, d'articuler davantage le secondaire au supérieur. Ici, le ministère se livre à une communication mensongère. À première vue, qui pourrait sérieusement s'opposer à un objectif aussi urgent que louable ? Mais cette justification semble ignorer totalement que nombre de bacheliers scientifiques s'orientent ensuite vers des études où l'histoire et la géographie occupent une place non négligeable, les classes préparatoires littéraires ou commerciales, les IEP, et évidemment les Universités.

Il est vrai que la question de l'articulation entre le lycée et l'Université est posée par la réforme qui insiste sur la nécessité de consacrer l'année de terminale aux « outils et méthodes » afin de préparer l'entrée à l'université. Objectif là encore plutôt louable à première vue. Mais le cloisonnement entre le Supérieur et le Secondaire est tel qu'il n'est pas étonnant qu'il n'existe, à ce jour, aucune concertation sur une éventuelle continuité pédagogique. L'effet d'annonce ministériel ne vise donc qu'à vanter les compétences « méta-universitaires » des professeurs de terminale, mais l'objectif de renforcement des relations entre lycée et Université n'est à ce jour qu'une pure déclaration de principe. Notons que les taux d'échec ne sont pas si élevés à l'université si on ne retient que les bacheliers généraux mais qu'ils explosent lorsqu'on intègre les bac professionnels et technologiques. C'est donc donc un piètre prétexte de réformer les séries générales pour répondre à l'échec dans certaines licences.

 

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