01.05.2012

La stratégie de la haine

POLITIS.JPGPar Denis Sieffert - 25 avril 2012

Ce premier tour de la présidentielle peut se résumer à quelques évidences : un taux de participation finalement dans la moyenne de ce genre d’exercice ; un président sortant qui subit un camouflet ; un Front national plus fort que jamais ; un vote Mélenchon qui, après avoir tutoyé les sommets, se tasse en fin de campagne ; un centre-droit laminé ; et un vote écolo honorable dans une élection peu favorable. Mais quand on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose. La grande question demeure : pourquoi ? Pourquoi, notamment, ces 17,9 % obtenus par Marine Le Pen qui font froid dans le dos ? On aurait tort d’en rester à la sidération, voire au dégoût et au rejet. Car si la xénophobie est une forte composante du vote Le Pen, elle n’est pas la seule. La fille de son père a ajouté au discours traditionnel du Front une forte dose de social qu’on ne peut ignorer. La campagne de Marine Le Pen a couvert tout le spectre de l’insécurité, et mêlé toutes les peurs, de la plus fantasmatique – celle de l’immigré toujours perçu comme un délinquant potentiel – à la plus justifiée – celle du chômage et de la précarité.

Dans la bouche des démagogues, c’est toujours la faute de l’Autre. Mais l’« Autre » va du Rom du coin de la rue à l’Europe et à la finance internationale. Ce même galimatias est entretenu avec zèle par Nicolas Sarkozy en vue du second tour. Avec un facteur aggravant. Le candidat-président ne garde dans le discours de l’extrême droite que la part la plus haïssable et la plus xénophobe.

La question sociale, il l’évoque à sa façon, en insultant les chômeurs devenus des assistés et des fainéants. Ce qui n’est pas tout à fait le langage de Marine Le Pen. À défaut de pouvoir proposer une politique de l’emploi et des services publics, il tente de mobiliser une frange de l’électorat du FN en activant les ressentiments des uns contre les autres : « Si vous êtes dans la peine, ce n’est pas la faute du gouvernement, mais celle des chômeurs, des fonctionnaires (qui ont un “statut”), et des immigrés. » C’est le sens de son appel « aux vrais travailleurs » invités à descendre dans la rue le 1er mai contre les syndicats. Toute la stratégie du Raspoutine élyséen, Patrick Buisson, vise à détourner la colère que peuvent éprouver nos concitoyens contre le gouvernement vers d’autres cibles : le voisin de palier, l’instituteur, le cheminot, l’infirmière, l’épicier arabe… Sarkozy est capable de broyer toute une société pour poursuivre son aventure personnelle et continuer de défendre des intérêts qui ne sont sûrement pas ceux de « la France du travail ». Ces observations légitiment à nos yeux la campagne menée crânement par le Front de gauche. C’est bien la question sociale qui peut finir par détourner une grande partie de l’électorat de Marine Le Pen.

Quant à Mélenchon, il a été victime de l’habituel effet d’optique. Il a recréé avec 11,1 % un espace politique à gauche de la gauche en voie de disparition ou morcelé. Ce qui eût été considéré comme un succès à l’automne dernier. Mais, entre-temps, les sondages sont passés par là, lui prêtant des intentions de vote de plus de 15 %. Si bien que l’on a pu percevoir derrière les drapeaux rouges brandis dimanche soir place Stalingrad une certaine déception. Un peu comme dans le mythe de la caverne, de Platon, ce n’est plus la réalité que l’on considère, mais son ombre déformée. Il faut d’ailleurs dire un mot des instituts de sondages. Ils n’ont guère été brillants dans cette affaire. Aucun n’a su corriger cette fois l’habituelle sous-évaluation du vote FN. On ne dira jamais assez combien les sondages faussent, sinon notre vote, du moins le regard que l’on peut porter sur les résultats. Évitons par conséquent de trop nous fier aux prévisions de second tour.

Les enquêtes prophétisent une large victoire de François Hollande. Mais l’énigme du report de voix du FN demeure. Car si l’on voit bien que l’état-major frontiste spécule sur une défaite de Sarkozy qui déboucherait sur une possible recomposition de la droite, il n’est pas évident du tout que l’électorat suive cette tactique alambiquée. Qu’un déplacement de voix plus important que prévu se fasse du FN vers Sarkozy, et l’écart se resserrerait dangereusement. Ce n’est pas le plus probable, mais c’est possible. Dans ces conditions, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly, et même Philippe Poutou, ont eu raison d’appeler sans ambiguïté à voter Hollande. Quoi que l’on pense du programme de François Hollande, ce qu’incarne Nicolas Sarkozy interdit tout raisonnement de type « blanc bonnet et bonnet blanc ». Il faut se garder du pire.

01.03.2012

Tous contre la marche 2 de "l'empereur" antisocial !

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09.09.2011

Dieu merci, les affaires vont bien !

POLITIS.JPGjeudi 8 septembre 2011, par Denis Sieffert

Jacques Chirac n’était donc pas présent, lundi, à l’ouverture de son procès devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris. On pourrait cruellement ironiser sur ce mal qui, dit-on, désinhibe ses victimes. Un symptôme redoutable en politique. L’ancien président de la République aurait, depuis qu’il en est atteint, une fâcheuse propension à dire la vérité. Quand il annonce, par exemple, que son candidat pour 2012 est François Hollande, il n’y a sans doute rien de plus vrai. On imagine le supplice enduré par ses avocats si cet homme, soudain atteint de sincérité aiguë, avait été libre de s’exprimer dans un prétoire. Mais cet épilogue tardif met surtout en lumière une autre maladie. Celle dont souffre notre démocratie. Car voilà un procès pour « détournement de fonds publics » qui intervient vingt ans après les faits. Or, ce délai ne témoigne pas tant des « lenteurs de la justice » que de la capacité des pouvoirs à la ralentir. Et l’actualité de ces derniers mois est saturée d’exemples qui confirment les ingérences de la politique dans le déroulement de la justice.



En lui-même, l’inventaire est accablant : affaire Karachi, avec soupçon de rétrocommissions finançant la campagne du tandem Balladur-Sarkozy en 1995 ; affaire Woerth-Bettencourt  [1]   ; affaire d’un marché pétrolier de Total en Libye, en 2008, avec rémunération d’un intermédiaire proche du pouvoir ; affaire de l’exonération d’impôts de ce même personnage, le Franco-Libanais Ziad Takieddine, pourtant nanti d’un opulent patrimoine à Paris et sur la Côte-d’Azur ; affaire Tapie-Lagarde, où l’on voit l’ex-ministre de l’Économie s’en remettre à un tribunal arbitral privé plutôt qu’à la Justice pour trancher, finalement au détriment de la République, un différend entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais.
L’accumulation des affaires est déjà en soi l’expression d’une crise morale sans précédent depuis les années 1930. Mais, surtout, chacun de ces dossiers s’est heurté à un moment ou à un autre de la procédure à une obstruction politique.



À la veille d’une année électorale    Lire la suite..........